Introduction — Pourquoi un circuit des bunkers et vestiges du XXe siècle à Lisbonne ?
Lisbonne, vaste capitale maritime et carrefour d’histoires, est souvent associée à ses ruelles pavées, ses azulejos et ses belvédères sur le Tage. Mais au-delà des clichés touristiques se cache un chapitre plus sombre et plus récent : le XXe siècle, avec ses tensions politiques, ses guerres, ses dispositifs de défense et ses installations industrielles, a laissé dans et autour de la ville un réseau de bunkers, de forts modernisés, d’anciennes batteries côtières et de bâtiments utilitaires aujourd’hui transformés en musées, ateliers ou lieux de mémoire. Un circuit des bunkers et vestiges du XXe siècle à Lisbonne permet de traverser cette époque bouleversante par le concret — béton, métal, silhouettes de tourelles et murs criblés — et d’entendre, à travers les lieux, des récits de neutralité, de surveillance, d’occupation, de résistance et de mémoire civique.
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Ce guide propose une expérience immersive et pratique : il rassemble des étapes accessibles depuis le centre-ville, avec adresses exactes, horaires d’ouverture, tarifs indicatifs et conseils locaux pour se repérer. Le circuit privilégie la diversité des sites — forts côtiers ayant été modernisés au XXe siècle, bunkers dissimulés dans le Parque Florestal de Monsanto, abris anti-aériens urbains, et musées consacrés à la guerre, à la dictature et à la résistance. Chaque lieu est décrit pour que le visiteur comprenne non seulement l’architecture et la fonction militaire, mais aussi le contexte historique (la neutralité portugaise, la dictature de l’Estado Novo, la Guerre Coloniale), les transformations postérieures et les usages actuels (expositions, promenades, points de vue).
Le circuit s’adresse à des curieux de l’histoire urbaine, à des photographes attirés par le graphisme du béton vieillissant, à des familles désireuses d’éveiller les adolescents à des épisodes souvent peu connus, et aux randonneurs urbains qui aiment combiner marche, patrimoine industriel et panoramas. Les visites peuvent se faire à pied, en vélo ou en transports en commun ; plusieurs sites sont groupables sur la même demi-journée. Ce guide inclut aussi des recommandations pratiques : comment obtenir des visites guidées (pour certains bunkers il faut réserver), quelles chaussures privilégier pour les sentiers de montagne de Monsanto, où se restaurer après la boucle, et les règles de respect à observer dans les sites de mémoire. Enfin, vous trouverez des pointers pour la photographie (meilleures heures, angles conseillés) et pour éviter les périodes d’affluence.
Avant de partir, gardez à l’esprit que certains bunkers ne sont pas toujours accessibles au public, certains forts restent des casernes ou des propriétés privées et que les horaires peuvent varier selon la saison. Ce circuit propose donc des alternatives, avec des visites intérieures quand c’est possible, et des parcours extérieurs tout aussi révélateurs lorsque l’accès intérieur est restreint. Préparez-vous à une balade où le béton rencontre l’azur du Tage, où la lourdeur des murs cohabite avec des panoramas lumineux, et où chaque vestige raconte une page du Portugal du XXe siècle. Bonne découverte — et promenade consciente.
1) Forteresses et batteries côtières : Forte do Bom Sucesso et Forte de São Julião da Barra
Les défenses côtières autour du Tage symbolisent la transition entre les fortifications classiques et les dispositifs modernisés du XXe siècle. Deux étapes incontournables du circuit sont le Forte do Bom Sucesso et le Forte de São Julião da Barra, qui offrent à la fois une lecture architecturale et une immersion dans la stratégie militaire portugaise.
Forte do Bom Sucesso se situe sur la rive nord du Tage, à proximité du célèbre Mosteiro dos Jerónimos. Adresse : Forte do Bom Sucesso, Praça do Império, 1400-206 Lisboa. Aujourd’hui, le fort abrite des espaces d’exposition ponctuels et offre un excellent point de vue sur la Torre de Belém et le Pont 25 de Abril. Horaires d’ouverture : généralement ouvert du mardi au dimanche, 10:00–17:00 (fermeture le lundi), mais il est conseillé de vérifier les horaires selon les expositions en cours. Prix : accès aux espaces intérieurs souvent gratuit ou 2–5 €, selon l’exposition. Le site conserve des traces de modernisations effectuées au XXe siècle : casemates bétonnées réutilisées, plateformes d’artillerie remises en état et inscriptions liées à la surveillance du fleuve.

Le Forte de São Julião da Barra est la plus grande forteresse maritime portugaise et a joué un rôle central au XXe siècle pour la défense de l’entrée du Tage et pour les usages gouvernementaux. Adresse : Fortaleza de São Julião da Barra, Avenida 25 de Abril, 2770-043 Oeiras. Attention : le fort est une base militaire et n’est pas toujours ouvert au public ; les visites se font généralement sur réservation lors d’événements ou de journées du patrimoine. Lors d’ouvertures exceptionnelles, les horaires varient (souvent 10:00–16:00) et les tarifs d’entrée peuvent aller de gratuit à 8 € pour les visites guidées. Les murs du fort présentent des modifications datant du début et du milieu du XXe siècle : embrasures pour canons modernes, bunkers de commandement avec réseaux de câbles et logements pour l’état-major.
Conseils pratiques : depuis le centre de Lisbonne, prenez le tram 15 ou les bus en direction de Belém pour Forte do Bom Sucesso ; pour São Julião da Barra, le train Linha de Cascais jusqu’à la gare de Oeiras puis un court taxi est recommandé. Apportez votre passeport ou carte d’identité si vous comptez visiter São Julião (base militaire). Photographie : les couchers de soleil à Belém magnifient les silouhettes des forts — arrivez 45 minutes avant le coucher pour capter les meilleures lumières.
2) Bunkers cachés et promenades à Monsanto — Parque Florestal de Monsanto
Le Parque Florestal de Monsanto est l’un des plus grands poumons verts de Lisbonne et dissimule un réseau surprenant de structures militaires et industrielles du XXe siècle. Ancien terrain d’exercices et de défense, Monsanto conserve des abris anti-aériens, des bunkers enterrés, des casemates et des vestiges d’installations liées à la surveillance et à la logistique militaire. L’entrée principale recommandée pour les randonneurs est près de la Entrada da Alto da Serafina, coordonnée approximativement autour de Estrada das Laranjeiras, 1500-272 Lisboa. Le parc est ouvert quotidiennement de 06:00 à 22:00 et l’accès est gratuit ; certaines structures spécifiques peuvent être fermées ou dangereuses, donc la prudence est de mise.

La visite de Monsanto se prête à une approche à la fois historique et naturaliste : commencez par une carte du parc disponible au poste d’information principal, puis suivez les sentiers balisés qui mènent aux hauteurs offrant des panoramas sur la ville. Parmi les points intéressants, repérez les anciens bunkers en béton près de l’Alto da Serafina et la « Estação de Radar » — vestiges souvent marqués par des graffitis et une végétation envahissante, ce qui crée des images puissantes pour les photographes. Les bunkers montrent des aménagements intérieurs comme des noces de câbles, rainures pour portes blindées et murs épais conçus pour résister aux bombardements.
Sécurité et respect : ne pénétrez pas dans des galeries non sécurisées ; plusieurs bunkers ont été partiellement effondrés ou inondés. Portez des chaussures de randonnée robustes, une lampe frontale si vous prévoyez d’explorer des sections obscures, et informez un ami de votre itinéraire si vous partez seul. Préservation : évitez d’enlever des artefacts ou d’écrire sur des éléments historiques protégés. À proximité se trouvent des cafés modestes où recharger vos batteries — essayez le « Café do Rio » sur l’Avenida da Igreja pour une pause après la randonnée.

Conseils de transport : prenez le bus municipal (Carris) lignes 201 ou 703 selon votre point de départ, ou louez un vélo électrique pour couvrir plus de distance. Pour les photographes, la golden hour apporte un contraste superbe entre la verdure du parc et les ocres des toits lisboètes en contrebas. Si vous êtes avec des enfants, privilégiez les sentiers principaux et planifiez une halte au Parque Infantil da Serafina, qui combine jeux et vestiges accessibles en toute sécurité.
3) Musées de la mémoire du XXe siècle : Museu do Aljube et Museu Militar de Lisboa
Pour contextualiser les structures militaires, il est essentiel d’inclure des musées qui racontent les dimensions politiques, sociales et militaires du XXe siècle portugais. Deux institutions incontournables sont le Museu do Aljube — Resistência e Liberdade et le Museu Militar de Lisboa.
Le Museu do Aljube — Resistência e Liberdade est installé dans l’ancien quartier pénitentiaire et commissariat politique de l’État Novo. Adresse : Museu do Aljube, Rua de Augusto Rosa 24, 1100-059 Lisboa. Horaires : ouvert du mardi au dimanche, de 10:00 à 18:00 (fermeture le lundi). Tarifs : entrée générale environ 3–5 € ; tarifs réduits pour étudiants et seniors. Le musée présente des expositions documentaires et audiovisuelles sur la répression politique, les prisonniers politiques, les formes de résistance et la transition vers la démocratie après la Révolution des Œillets (25 avril 1974). À l’intérieur, les cellules restaurées, les archives, les témoignages audio et les photographies créent une lecture intime et troublante de la répression politique au XXe siècle.

Le Museu Militar de Lisboa propose une perspective plus large sur l’évolution technique de l’armée portugaise, incluant des pièces et documents du XXe siècle (uniformes, armes, cartes, maquettes de fortifications). Adresse : Museu Militar de Lisboa, Praça do Império, 1400-206 Lisboa (situé dans la zone de Belém). Horaires : souvent ouvert du mardi au samedi, 10:00–17:00 ; fermé le dimanche matin, vérifier les horaires officiels. Tarifs : entre 3 € et 6 €, selon les expositions temporaires et les ateliers. Les collections décrivent notamment les modernisations d’artillerie, les équipements de détection et les véhicules légers employés au cours du XXe siècle.
Visite conjointe recommandée : combinez une matinée au Museu do Aljube (centre-ville) et une après-midi à Belém pour le Museu Militar. Cela permet d’articuler la dimension politique interne et la dimension militaire extérieure du pays. Pour préparer votre visite, consultez les sites web officiels pour les réservations de groupes et les horaires spéciaux ; certains ateliers pédagogiques nécessitent une réservation préalable. Photographie et respect : la plupart des musées autorisent la photographie sans flash ; respectez les zones où la prise de vue est interdite, surtout près d’archives sensibles ou d’objets fragiles.

4) Sites périphériques et industriels : Batterie de Caxias, Estação de Radar et usines réaffectées
La périphérie est souvent la plus riche en vestiges industriels et militaires du XXe siècle : batteries côtières peu connues, stations radar, dépôts militaires et usines reconverties. Parmi ces sites, la Bateria de Caxias et des anciennes stations radar sur la Linha de Sintra méritent une visite, ainsi que les friches industrielles transformées en espaces culturels.
La Bateria de Caxias se trouve dans la paroisse de Caxias, près d’Almada sur la rive sud du Tage, mais accessible depuis Lisbonne par ferry puis bus ou taxi. Adresse indicative : Bateria de Caxias, 2830-049 Caxias, Oeiras. Le site mélange fortifications du XIXe siècle et adaptations du XXe siècle (posses pour canons modernes, abris blindés, centrales électriques de campagne). L’accès est souvent libre en extérieur ; l’intérieur peut être fermé. Tarifs : gratuit pour la balade extérieure. Horaires : accessible en journée, entre 08:00 et 20:00 selon la saison. La proximité avec le Tage offre des vues spectaculaires sur les installations et le trafic maritime.

Les stations radar et émetteurs disséminés sur les collines autour de Lisbonne (par exemple, sur la Serra de Sintra ou sur des sommets proches de Monsanto) sont des reliques intéressantes. Elles peuvent apparaître comme des coupoles blanches, des tours métalliques et des locaux techniques aujourd’hui à l’abandon. Ces installations témoignent de la surveillance aérienne et côtière du XXe siècle, surtout pendant les périodes de tensions internationales. Pour repérer ces sites, renseignez-vous auprès des associations locales d’histoire militaire ou des groupes de randonneurs urbains — certaines stations autorisent des visites ponctuelles lors d’événements patrimoniaux.
Enfin, Lisbonne regorge d’anciennes usines et entrepôts réaffectés — « fablabs », galeries et centres culturels — qui conservent des éléments du XXe siècle : cheminées, hangars en acier, bureaux de style rationaliste. Exemples : la zone de Marvila (Rua do Açúcar, 1900-221 Lisboa) où des entrepôts ont été transformés en bars et espaces artistiques, tout en conservant des structures métalliques et peintures industrielles. Ces lieux sont parfaits pour terminer une journée de circuit par une visite culturelle et un repas dans un cadre chargé d’histoire.

Conseils pratiques : pour les sites périphériques, privilégiez le week-end si vous dépendez des transports publics. Louer une voiture ou un vélo électrique offre beaucoup de flexibilité. Respectez la propriété privée et les panneaux d’interdiction ; plusieurs installations sont encore sous contrôle institutionnel. Enfin, équipez-vous d’eau, d’une trousse de premiers secours et d’un téléphone chargé si vous explorez des zones isolées.
5) Photographie, sécurité et conseils pratiques pour un circuit réussi
Explorer des bunkers et vestiges du XXe siècle demande autant de préparation pratique que de curiosité historique. Voici des conseils concrets pour tirer le meilleur parti du circuit à Lisbonne, en toute sécurité et avec respect pour le patrimoine.
Équipement : portez des chaussures fermées et robustes, une veste imperméable légère (le climat peut évoluer rapidement), une lampe frontale pour les intérieurs sombres, des gants pour manipuler les cordes ou rampes si nécessaire, et une batterie externe pour votre téléphone. Pour la photographie, un objectif grand-angle (24–35 mm) facilite la capture des intérieurs étroits et des perspectives des bunkers ; un téléobjectif (70–200 mm) est utile pour isoler détails et inscriptions sur les murs. Les filtres ND ou polarisants aident pour les expositions longues en extérieur.

Sécurité et légalité : n’entrez pas dans des zones marquées « interdit d’accès » ; beaucoup de structures sont instables ou contiennent amiante et autres risques. Renseignez-vous sur les permissions nécessaires : des forts comme São Julião da Barra exigent souvent une autorisation préalable. Respectez les heures d’ouverture des musées et évitez les visites nocturnes non autorisées. En cas d’exploration d’espaces naturels comme Monsanto, signalez votre itinéraire et évitez d’y aller seul si possible.
Respect et éthique : ne prélevez aucun élément, ne gravez pas les murs et ne perturbez pas les expositions mémorielles. Les sites liés à la répression ou à la mémoire politique exigent une conduite respectueuse : parlez à voix basse, évitez les plaisanteries inadaptées et suivez les indications des guides. Pour les musées, privilégiez les audioguides et les visites guidées pour mieux comprendre la contextualisation historique.

Se restaurer et se loger : Belém et le quartier d’Alfama regorgent de cafés et restaurants où reprendre des forces. Recommandations : « Pastéis de Belém », Rua de Belém 84-92, 1300-085 Lisboa (ouvert 08:00–22:30, prix pastéis ~1,25–1,70 € pièce) pour une pause sucrée traditionnelle ; pour un repas salé, le « Páteo » près du Terreiro do Paço propose des plats de poisson et menus autour de 12–20 €. Pour séjourner, optez pour un hôtel-boutique dans le Bairro Alto ou Chiado pour l’accès central aux transports. Enfin, pensez à l’eco-mobilité : le réseau de tramways, trains et ferries facilite l’accès aux rives du Tage et aux forts périphériques.
Conclusion — Entre mémoire et paysage : l’importance de préserver et raconter
Le circuit des bunkers et vestiges du XXe siècle à Lisbonne invite à une lecture multiple de la ville : une lecture matérielle — faite de béton, de métal, de tourelles et de galeries — et une lecture humaine — faite de vies, de décisions politiques, de résistances et de transformations. En parcourant les forts de Belém, les bunkers de Monsanto, les stations radar périphériques et les musées de mémoire, le visiteur compose un récit qui lie la défense du territoire, la répression politique et la réinvention urbaine. Ces lieux ne sont pas de simples curiosités architecturales ; ils sont des témoins de choix historiques, d’innovations militaires et d’expériences humaines souvent douloureuses.
La visite de ces sites est également un acte de préservation : en s’intéressant, en documentant et en respectant ces vestiges, les visiteurs contribuent à maintenir vivante la mémoire collective et à encourager des politiques de conservation. De nombreux projets locaux cherchent à concilier réhabilitation et mémoire — transformant friches industrielles en centres culturels tout en conservant les traces historiques. Pour le voyageur responsable, cela signifie privilégier les visites guidées, soutenir les musées locaux par des billets et achats, et respecter les règles de patrimoine.
Enfin, ce circuit offre une immersion visuelle unique : les panoramas sur le Tage contrastent avec la densité du béton des bunkers, et l’expérience sensorielle — bruit du vent entre les créneaux, odeur de la mer, lumière changeante sur les murs — crée une compréhension plus profonde du siècle passé. Que vous soyez historien amateur, photographe, randonneur ou simplement curieux, ce parcours à Lisbonne vous livre une autre géographie de la ville, où les traces du XXe siècle résonnent encore dans le paysage urbain.
Avant de partir, vérifiez les horaires et conditions d’accès mentionnés pour chaque lieu, respectez les consignes de sécurité et prenez le temps d’écouter les récits locaux : les guides, les musées et les panneaux d’information apportent souvent des détails surprenants et émouvants. En quittant ces lieux, emportez non pas des pierres, mais des histoires — et, si vous le pouvez, partagez-les pour que la mémoire continue d’être racontée et préservée pour les générations futures.



















